Création d'entreprise, passage du statut de micro-entrepreneur à une société, premier salarié, cabinet qui ne répond plus : les occasions de chercher un expert-comptable ne manquent pas. Le choix engage sur plusieurs années, et les écarts de prix entre cabinets sont importants pour des prestations qui, sur le papier, se ressemblent. Voici comment vérifier qu'un professionnel a le droit d'exercer, ce que doit contenir la lettre de mission, ce que coûtent les principales missions et comment changer de cabinet sans perdre le fil de sa comptabilité.
Un expert-comptable doit être inscrit à l'Ordre
L'expertise comptable est une profession réglementée. Selon entreprendre.service-public.gouv.fr, l'expert-comptable dispose d'un monopole pour tenir, organiser et vérifier la comptabilité d'autrui, à condition d'être inscrit au tableau de l'Ordre des experts-comptables. Exercer sans inscription constitue un exercice illégal de la profession, puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende. La même fiche précise que l'assurance de responsabilité civile professionnelle est obligatoire.
Avant de signer, deux vérifications rapides et gratuites :
- recherchez le professionnel ou le cabinet dans l'annuaire officiel de l'Ordre des experts-comptables, par nom, localité ou numéro SIREN ;
- contrôlez l'existence et la situation de la société sur l'Annuaire des Entreprises de l'État.
Méfiez-vous des intitulés flous comme « gestionnaire comptable » ou « assistant de gestion » pour une offre de tenue de comptabilité : seul un professionnel inscrit peut la proposer à des tiers. Ne confondez pas non plus l'expert-comptable avec le commissaire aux comptes, qui exerce une mission d'audit légal distincte.
Avez-vous besoin d'un expert-comptable ?
Le recours à un expert-comptable n'est pas obligatoire. Une entreprise peut tenir elle-même sa comptabilité ; mais si elle décide de la confier à un professionnel, elle doit s'adresser à un expert-comptable inscrit à l'Ordre (fiche officielle sur les obligations comptables des sociétés). Elle peut aussi adhérer à un organisme de gestion agréé pour un accompagnement comptable et fiscal.
Le besoin dépend surtout de votre statut :
- Micro-entrepreneur : les obligations sont allégées. Il faut tenir un livre des recettes et, pour les activités de vente ou d'hébergement, un registre des achats, à conserver 10 ans (entreprendre.service-public.gouv.fr). Beaucoup s'en passent ou se limitent à un conseil ponctuel.
- Entreprise individuelle au régime réel, EURL, SARL, SASU, SAS : comptabilité complète, comptes annuels, liasse fiscale, déclarations de TVA. Le temps à y consacrer et le risque d'erreur poussent la plupart des dirigeants à faire appel à un cabinet.
- Entreprise avec salariés : la gestion de la paie et des déclarations sociales s'ajoute, et c'est souvent elle qui motive le recours à un professionnel.
Les missions possibles
Un cabinet ne propose pas une prestation unique mais un ensemble de missions, que vous pouvez combiner :
- Tenue de la comptabilité : saisie des factures et des relevés bancaires, ou simple révision si vous saisissez vous-même sur un logiciel ;
- Établissement des comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe) et de la liasse fiscale ;
- Déclarations fiscales courantes : TVA, cotisation foncière des entreprises, impôt sur les sociétés ;
- Social : bulletins de paie, déclarations sociales, contrats de travail simples ;
- Juridique courant : approbation annuelle des comptes, formalités liées à la vie de la société ;
- Conseil : choix du statut à la création, rémunération du dirigeant, prévisionnel pour une banque, tableaux de bord.
Précisez dès le départ ce que vous ferez vous-même. Un dirigeant qui transmet chaque mois des pièces classées et rapprochées paie moins qu'un client qui envoie un carton de tickets en fin d'année.
La lettre de mission, le document à lire de près
Le code de déontologie de la profession impose un contrat écrit entre l'expert-comptable et son client, définissant la mission et précisant les droits et obligations de chacun (article 151 du décret n° 2012-432). C'est la lettre de mission. Avant de la signer, vérifiez qu'elle indique :
- le périmètre exact des travaux, mission par mission, et ce qui reste à votre charge ;
- le calendrier : fréquence d'envoi des pièces, date de remise du bilan, échéances déclaratives ;
- le montant des honoraires, leur mode de calcul, leur révision annuelle et ce qui sera facturé en supplément ;
- la durée, les conditions de reconduction et le préavis de résiliation ;
- les outils utilisés (logiciel, plateforme d'envoi des justificatifs) et leur coût éventuel.
Les honoraires sont fixés librement entre le client et l'expert-comptable, en fonction de l'importance des travaux (code de déontologie, article 158). Ils se discutent donc, surtout si vous prenez en charge une partie de la saisie.
Honoraires : prix indicatifs selon votre situation
La plupart des cabinets facturent un forfait mensuel ou annuel. Les fourchettes suivantes, hors taxes, sont données à titre indicatif. Elles varient selon le volume d'opérations, le secteur, la région et la part de travail que vous assurez :
- Micro-entrepreneur (accompagnement déclaratif et conseil) : environ 30 à 100 € par mois ;
- Entreprise individuelle au réel ou profession libérale : environ 80 à 200 € par mois ;
- EURL ou SASU sans salarié : environ 100 à 250 € par mois ;
- SARL ou SAS avec quelques salariés : à partir de 200 à 500 € par mois, hors paie ;
- Bulletin de paie : environ 20 à 50 € par salarié et par mois ;
- Accompagnement à la création (statuts, formalités, prévisionnel) : de quelques centaines à plus de 1 000 €.
Comparez à périmètre égal : un forfait bas qui exclut la liasse fiscale, l'approbation des comptes ou les rendez-vous de conseil peut finir plus cher qu'une offre plus complète. Demandez au moins deux propositions écrites.
Changer d'expert-comptable
Le moment le plus simple est la fin d'un exercice, une fois le bilan établi. Relisez d'abord votre lettre de mission pour connaître le préavis de résiliation, puis informez votre cabinet par écrit. Le nouvel expert-comptable ne peut accepter la mission qu'après en avoir informé son prédécesseur (article 163 du code de déontologie). Récupérez vos pièces, les comptes annuels, les déclarations déposées et un export de vos écritures comptables, pour que le nouveau cabinet reparte de données complètes.
En cas de désaccord sur les honoraires ou sur l'exécution de la mission, le code de déontologie prévoit une conciliation ou un arbitrage par le président du conseil régional de l'Ordre (articles 159 et 160). Avant de retenir des travaux faute de paiement, le professionnel doit informer ce même président du litige (article 168).
Pour comparer les cabinets proches de chez vous, consultez notre annuaire des cabinets comptables. Chaque fiche est vérifiée avec le registre officiel de l'INSEE, comme expliqué dans notre méthode ; l'inscription à l'Ordre se vérifie, elle, dans l'annuaire officiel de la profession.
Questions fréquentes
Comment vérifier qu'un expert-comptable a le droit d'exercer ?
Recherchez son nom ou celui du cabinet dans l'annuaire officiel de l'Ordre des experts-comptables. S'il n'y figure pas, il ne peut pas tenir la comptabilité d'une autre entreprise.
Un expert-comptable en ligne est-il un vrai expert-comptable ?
Oui, à condition que le cabinet soit inscrit à l'Ordre : les règles sont les mêmes qu'en agence. La différence tient surtout au mode de travail (envoi des pièces par une application, échanges à distance) et au périmètre des forfaits.
Les honoraires sont-ils négociables ?
Oui. Ils sont fixés librement entre le client et le cabinet selon l'importance des travaux. Prendre en charge la saisie ou transmettre des pièces bien classées permet souvent d'obtenir un forfait plus bas.
Puis-je changer de cabinet en cours d'année ?
C'est possible, dans le respect du préavis prévu par la lettre de mission. Le changement est toutefois plus simple après la clôture de l'exercice, pour éviter que deux cabinets interviennent sur les mêmes comptes.